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Le quartier, synonyme de quart-monde ?

Par Pierre Grammat - Publié le 20/09/2011 - Mis à jour le 25/01/2017

Le quartier, synonyme de quart-monde ?

Devenu synonyme de banlieues dites sensibles, le quartier a perdu ses… quartiers de noblesse. Et pourtant, tout citadin saura expliquer à ses concitoyens du monde rural qu’il existe une vraie vie de quartier dans la capitale et, a fortiori, dans toutes les grandes villes de province. Chacun se connaît, partage et cohabite en bonne intelligence, préservant tant bien que mal ce lien forcément fort d’un environnement commun. Ce que l’histoire de notre pays démontre à l’envi, et que nous allons visiter au travers des âges.

Devenu synonyme de banlieues dites sensibles, le quartier a perdu ses… quartiers de noblesse. Et pourtant, tout citadin saura expliquer à ses concitoyens du monde rural qu’il existe une vraie vie de quartier dans la capitale et, a fortiori, dans toutes les grandes villes de province. Chacun se connaît, partage et cohabite en bonne intelligence, préservant tant bien que mal ce lien forcément fort d’un environnement commun. Ce que l’histoire de notre pays démontre à l’envi, et que nous allons visiter au travers des âges.

 

 

Eludons d’entrée toutes les acceptions que l’étymologie du vocable suggère, à savoir l’une des quatre parties égales d’un tout : ce que nous appelons aujourd’hui un quart et qui se disait jusqu’à récemment quartier ; et notamment toutes les expressions franchement militaires comme les quartiers d’hiver, le quartier général, ou les officiers de quartiers devenus de quart, voire la généalogie avec ses quartiers de noblesse, autrement dit chaque degré de descendance qui ne tient pas son nom d’une division en quatre mais fait référence aux quartiers de l’écu, les armoiries en héraldique. La question demeurant : pourquoi diable appelle-t-on quartier une partie, pas forcément une demi-moitié, de la ville ?

 

 

Le quartier général.

 

Si l’on en croit le premier dictionnaire de notre histoire, le Thresor de la langue francoyse de 1606, on a donné le nom de quartier aux parties d’une ville parce que, naturellement, géographiquement, cette dernière se divisait selon le quadrant de la boussole avec ses quatre points cardinaux. Quatre, donc un quart pour chaque partie de la ville, ce qui nous donnera nos quartiers. Jusque-là, tout le monde suit.

 

Evidemment, le populaire, pas forcément doué en calcul ni en navigation, s’est arrogé le droit de baptiser quartier ce qui n’était pas forcément la quatrième partie d’un tout, d’une orange par exemple, mais plutôt sa division naturelle. Bref, le quartier devenait, mettant à mal toutes les règles de l’arithmétique élémentaire, une étendue de voisinage, sans souci de divisions plus ou moins égales.

 

 

Quatre parties qui formeront les quartiers originels de la capitale : Ile de la Cité, Saint-Jacques de la Boucherie, le Verrerie, la Grève, qui se verront portés à huit au XIIIe siècle (Sainte-Opportune, Saint-Germain de l’Auxerrois, Saint-André et place Maubert), puis, deux cents ans plus tard, à seize sous Henri III. On notera au passage, d’un point de vue toponymique, que ces quartiers empruntaient le plus souvent leur nom à l’église locale, voire à un lieu symbolique. Finalement, Paris connaissant une forte expansion, le nombre de quartiers fut porté à vingt le 14 janvier 1702 par le conseil du roi.

 

 

 

 

 Les arrondissements révolutionnaires.

 

Il fallut attendre la Révolution pour que cette notion de quartier disparaisse, temporairement, pour se muer en soixante districts puis en quarante-huit sections réunies par quatre au sein de douze arrondissements. Des arrondissements qui deviendront vingt, en 1860 suite à l’annexion des faubourgs situés entre l’enceinte de Thiers et celle des Fermiers généraux. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui même si la notion de quartier administratif ne sert plus guère qu’à la Préfecture de police pour l’implantation de ses commissariats.

 

 

 

Prendre ses quartiers.

 

Mais quartier, dans le monde de l’immobilier, détermine aussi de façon plus ou moins vague et arbitraire le voisinage : J’habite dans le quartier. Il peut par ailleurs avoir un tout autre sens puisque, jusqu’à une époque très récente, on appelait quartier tout ce qui se payait par trimestre, notamment les loyers : J’ai oublié de payer mon quartier à ma logeuse. Une notion qui a totalement disparu au profit de trimestriel. De la même façon, il était coutume de dire : Je me mets en quatre quartiers pour lui faire plaisir, le bon sens ayant éludé, au fil du temps, le mot quartier par simple ellipse.

 

 

 

quartier

 

 

Quartier libre.

 

La vocation administrative du quartier ayant disparu, le vocable n’existe plus que pour englober un environnement cohérent : quartier commerçant, quartier chinois, quartier de la gare, quartier bourgeois, quartier résidentiel, etc. Ce qu’on retrouve par exemple à Paris, puisque de nombreux quartiers, parfois à cheval sur plusieurs arrondissements, ont connu un destin et une appellation propres, pour des raisons généralement historiques sinon sociologiques comme le Quartier Latin ou le Quartier de l’Etoile.

 

Enfin, et pour terminer, si on pouvait tordre le cou à ce nouvel euphémisme journalistique qui veut qu’on appelle quartier une zone sensible de banlieue, voire une cité dortoir, cela permettrait de réhabiliter et le vocable et la sociologie qui devraient l’accompagner.

quartier

 

Les quartiers de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire aussi : Banlieues et faubourgs, forcément en dehors de la cité ?



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