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L'escabeau, un beau tabouret ?

Par Pierre Grammat - Publié le 26/05/2011 - Mis à jour le 16/01/2017

L'escabeau, un beau tabouret ?

Imaginez la déroute d’un francophone qui se trouverait projeté quelques siècles dans le passé, confronté à un vocabulaire qu’il connaît pour une grande part certes, mais dont les acceptions auraient fort peu à voir avec le champ lexical d’aujourd’hui…

Imaginez la déroute d’un francophone qui se trouverait projeté quelques siècles dans le passé, confronté à un vocabulaire qu’il connaît pour une grande part certes, mais dont les acceptions auraient fort peu à voir avec le champ lexical d’aujourd’hui…

 

 

Découvrant non sans étonnement qu’un escabeau ne désignait pas une petite échelle pliante mais une sorte de tabouret !

 

Pourtant, l’étymologie, simple, du mot escabeau aurait dû éclairer notre amoureux de la langue française puisqu’il est emprunté au latin classique scabellumqui décrit un petit banc ! Nous éloignant, pour le compte, de notre échelle d’intérieur si on ignore l’histoire de ce modeste meuble.

 

 

 

escabeau

Au bout du banc.

 

Car l’escabeau était à l’origine un siège sans bras ni dossier, fait de bois, comportant le plus souvent un trou pratiqué sur sa partie supérieure pour une prise plus aisée. Ce qui n’interdisait pas de l’utiliser comme repose-pied quand on s’asseyait dans un fauteuil par exemple, ou comme marchepied pour atteindre un objet placé en hauteur.

 

On l’appelait également escabelle ou scabel, quand il se voyait destiné à plusieurs personnes, sorte de banc collectif. Même si, au Moyen-Age, on parlait d’escabelle pour désigner n’importe quel siège; ce qui explique l’expression quelque peu surannée, je vous l’accorde, « remuer ses escabelles » pour indiquer qu’on déménage.

 

 

 

Une lente mutation.

 

Un siège, bien connu chez les Romains, qui devint escabeau au Moyen-Age, se muant en placet dès lors qu’il se montrait rembourré.

Parfois de forme triangulaire, il servait aussi bien de petite table que d’assise aux couturières qui tiraient partie de la posture, les genoux surélevés, qu’il impliquait.

Même s’il induisait peu ou prou une situation inférieure, plus basse que pour n’importe quel autre siège, voire une position d’humilité, à l’image de la religieuse qui s’y agenouillait.

 

 

 

escabeau

Du divin à la vindicte.

 

Evidemment, les lecteurs pieux auront à cœur de citer l’Evangile selon Saint-Matthieu qui précise : Vous ne jugerez point par le ciel parce qu’il est le trône de Dieu ; ni par la terre parce qu’elle est l’escabeau de ses pieds.

 

Une opposition du trône, siège sublime, à l’escabeau, sous l’emprise de celui qui le foule, qui lève toute ambiguïté sur l’absence de valeur sociale de notre petit banc.

Autre preuve de la vilenie de l’escabeau, quand il servait de siège aux condamnés soumis au bourreau pour subir une coupe de cheveux et l’échancrure du col de leur chemise avant de se rendre au lieu de l’exécution.

 

 

 

Le marchepied.

 

C’est bien par ce vocable qu’on entend aujourd’hui ce qu’était originellement l’escabeau, cette sorte de petit banc sur lequel on pose les pieds par commodité. Un marchepied qui se rapproche de notre escabeau actuel quand il comporte plusieurs degrés (généralement deux ou trois) pour monter à une estrade ou dans un carrosse.

Un marchepied qu’on ne trouve plus guère, aujourd’hui, que pour monter dans la voiture d’un train car il compense la différence de niveau entre le quai et le train lui-même.

 

Une marche pour les pieds qui se fera confortable et rembourrée au fil du temps pour le plus grand bonheur des pieds qui y reposent et que les Antillais appellent non sans malice, un paillasson !

 

 

 

tabouret

Le tabouret.

 

Et nos petits sièges bas se virent rejoints par le tabouret, connu depuis l’antiquité, cette assise sans bras ni dossier qui n’est pas sans rappeler notre escabeau originel.

Et pour semer la confusion jusqu’au bout, dans Le Neveu de Rameau, Diderot parle d’un tabouret qui servirait de repose-pied à celui qui prendrait posture en public. Ce qu’on appellerait aujourd’hui, enfin chez les plus précieux ou les forcenés de la précision, un tabouret de pieds.

 

Pourtant, l’origine du mot y semble bien étrangère puisque au début du XVe siècle, le tabouret était un pique-aiguilles, un porte-épingle, en forme de tambour (qu’on disait tabour en ancien français) sur lequel les femmes piquaient épingles et aiguilles lors de leurs travaux de couture.

Un terme apparemment repris par analogie de forme…

 

 

 

Un immense privilège.

 

Mais le tabouret, à l’image de l’escabeau, était aussi synonyme d’ignominie pour les condamnés à la potence, au gibet, voire au carcan ou à toute peine infamante en public.

 

Ce qui ne manque pas de sel quand on sait qu’il symbolisait l’immense privilège pour les dames titrées de la Cour de s’asseoir en présence du roi ou de la reine, le fameux droit de tabouret qui suscitait tant de convoitises et de querelles, ce dont Saint-Simon s’est fait le rapporteur délecté dans ses Mémoires.

 

 

 

Confusion.

 

Où l’on conclura à une vraie confusion car escabeau, marchepied et tabouret sont parfaitement synonymes mais pas forcément au même endroit et à la même époque.

 

Reste à revisiter son histoire de France ou bien à s’en tenir à leurs acceptions actuelles : le tabouret qui est un siège bas ou haut mais sans accotoir ni dossier.

 

Le marchepied qui est une sorte de marche (une, deux ou trois) qui permet d’atteindre un endroit surélevé ou d’en descendre, et l’escabeau qui décrit une échelle à deux pans repliables.



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