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Le verrou, la clef du mystère.

Par Pierre Grammat - Publié le 18/05/2011 - Mis à jour le 16/01/2017

Le verrou, la clef du mystère.

Indubitablement, les temps modernes montrent une vraie prédilection à semer la confusion là où la sagesse populaire s’était attachée à des distinctions pratiques. Ainsi, jusqu’à une époque récente, le verrou se distinguait-il de la serrure par son absence de clef, ce que la technologie mit à mal avec le verrou de sûreté par exemple, qui comporte… une clef !

Indubitablement, les temps modernes montrent une vraie prédilection à semer la confusion là où la sagesse populaire s’était attachée à des distinctions pratiques. Ainsi, jusqu’à une époque récente, le verrou se distinguait-il de la serrure par son absence de clef, ce que la technologie mit à mal avec le verrou de sûreté par exemple, qui comporte… une clef !

 

 

Dès lors, savons-nous, dans notre langage courant, faire la différence entre un verrou, une serrure, un loquet et une targette ?

 

Avec, tout d’abord, le verrou, un mot emprunté au latin veruculum, brochette, petite pique, qui a certainement dû croiser ferrum, le fer, pour nous donner verroil puis verrouil, un vocable que l’on connaît depuis le XIIIe siècle même si des systèmes de fermeture ont pratiquement toujours existé dans l’histoire de l’humanité.

 

 

 

Sous les verrous.

 

Ainsi que nous le précisions en préambule, un verrou ne comporte aucun système de serrure et ne saurait, par conséquent, requérir de clef. Evidemment antérieur à la serrure, il se résumait, à l’origine, à une barre de bois qu’on plaçait, de l’intérieur, en travers des portes et fenêtres, pour les condamner. Puis, pour s’éviter de la peine, on fit glisser cette barre dans des coulisseaux, sortes d’anneaux plantés dans les portes et les dormants. Un système efficace, certes, mais qui présentait le défaut de ne pouvoir s’ouvrir de l’extérieur.

 

 

 

Tire la bobinette…

 

Aussi, afin de pouvoir manipuler la barre de bois qui condamnait l’ouverture de l’intérieur, pratiqua-t-on un trou dans la porte afin d’y passer le bras et de tirer une petite cheville de bois ; qui permettait à la barre de bois de retomber laissant ainsi la porte s’ouvrir. Vous venez enfin de comprendre la phrase énigmatique de Charles Perrault : « Tire la chevillette et la bobinette cherra », en sachant que la bobinette désignait cette fameuse barre de bois qui condamnait la porte et que cheville est emprunté au latin clavis qui signifie clef. Une formule que nous pouvons traduire en « Ote la petite cheville et la barre en bois tombera ». Magique, non ?

 

Par la suite, pour améliorer le système, on imagina de faire jouer cette cheville avec une sorte de crochet, en métal ou en bois, à la forme singulière. La clef était née. Ne restait plus qu’à multiplier le nombre de chevilles et, concomitamment, le nombre de dents à notre crochet pour former une serrure.

 

 

 

Serrure

 

 

Par le trou de la serrure.

 

Une serrure qui permet de condamner et d’ouvrir une porte bien sûr mais aussi une voiture, un coffre, un meuble, etc., grâce à un mécanisme, similaire à celui du verrou, mais activé cette fois par une clef. Avec une étymologie simple puisque nous avons affaire ici à un dérivé du verbe serrer, de moins en moins utilisé de nos jours mais qui signifie « mettre à l’abri », directement emprunté au latin sera qui désignait cette barre de bois qu’on plaçait derrière une porte pour en interdire l’ouverture. Une fois encore, les mots ont un sens…

 

 

 

L’inventeur inconnu..

 

On peut imaginer que ce genre de système de fermeture existe depuis la nuit des temps et il ne semble pas qu’un peuple en soit particulièrement l’inventeur puisqu’on en a trouvé la trace sur pratiquement tout le globe ; même s’il apparaît que les Egyptiens en soient les précurseurs et que ce soient les Grecs qui l’aient perfectionné avec la clef dite laconienne.

 

En France, il faudra attendre la Renaissance pour que la serrurerie connaisse un véritable essor et constitue une technologie à part entière. A tel point que François Ier créa un statut du serrurier, précédant en cela les premiers ateliers de serrurerie apparus sous Louis XIV qui décréta la serrurerie « quatrième art » après la peinture, la sculpture et la musique ! Sans parler de la mythologie populaire qui a galvaudé l’intérêt de Louis XVI pour ces techniques.

 

 

 

verrouLoquet et targette.

 

Le loquet, qui passa dans la langue française au XIIe siècle, est un emprunt à l’ancien anglais lucan qui a notamment donné « to lock » en anglais moderne et qui signifie « fermer ». Il s’agit d’un ancêtre du verrou avec une partie mobile qui s’enfonce dans une encoche ou une gâche, et qui s’ouvrait en le haussant ; même si aujourd’hui il se montre plutôt coulissant grâce à un système de ressort. Un dispositif assez semblable à celui de la targette dont le pêne glisse horizontalement, et du loqueteau, ce petit loquet qu’on plaçait aux volets supérieurs et qu’on activait à l’aide d’un cordon. Autant de précurseurs de notre verrou moderne.

 

 

 

Mettons la clef sous la porte.

 

Bien que l’histoire de la serrurerie se montre passionnante, il ne nous appartenait pas d’en faire ici le récit détaillé, par manque de place, mais plutôt d’en survoler les principes basiques. Même si, une fois encore, la technologie moderne a largement contribué à la confusion des termes.



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