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La glace, un miroir démesuré ?

Par Pierre Grammat - Publié le 11/04/2011 - Mis à jour le 05/01/2017

La glace, un miroir démesuré ?

Si, aujourd’hui, deux vocables semblent parfaitement interchangeables, ce sont bien « glace » et « miroir » ; à telle enseigne qu’on n’en imagine pas la distinction. Une analogie qui n’a pas toujours existé, mérite enquête approfondie et nous donne l’occasion de passer… de l’autre côté du miroir.

Si, aujourd’hui, deux vocables semblent parfaitement interchangeables, ce sont bien « glace » et « miroir » ; à telle enseigne qu’on n’en imagine pas la distinction. Une analogie qui n’a pas toujours existé, mérite enquête approfondie et nous donne l’occasion de passer… de l’autre côté du miroir.

 

 

 

Etymologiquement, le mot « glace » nous vient directement du latin classique glacies qui signifie glace, glaçon. Et c’est bien dans cette acception que le vocable entrera dans la langue française, probablement au début du XIIe siècle avant de désigner, par analogie physique, le verre blanc. Mais voilà qui ne nous explique pas comment glace est devenu synonyme de miroir

 

 

 

 

Le miroir ardent.

 

Dès que l’homme sut travailler le métal, il s’est attaché à le polir de façon à ce qu’il réfléchisse son image. Ainsi, les premiers miroirs sont-ils faits d’airain et de cuivre, de fer, d’argent et même d’or. La mythologie s’en est fait l’écho en racontant comment Archimède aurait enflammé les voiles romaines lors du siège de Syracuse à l’aide de miroirs métalliques et concaves, ce qu’on appelle les « miroirs ardents ». De la même façon, les épris de lectures bibliques ont appris dans l’Exode que Moïse avait fait une cuve d’airain destinée aux ablutions des prêtres, en fondant les miroirs des femmes qui se groupaient à la porte du tabernacle. Mais voilà, le problème du métal, c’est qu’il s’oxyde rapidement, obligeant à des polissages réguliers.

 

 

 

Le verre antique.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la fabrication du verre remonte aux temps immémoriaux car les Egyptiens, les Ethiopiens, les Perses, maîtrisaient déjà ces techniques de fabrication et de soufflage.

 

Pline évoque même des fonderies pour le verre établies en Inde, chez les Celtes et, bien sûr, chez les Romains qui en faisaient une forte consommation, notamment quand l’empereur Auguste fit venir d’Egypte des maîtres verriers. Ainsi, dès le premier siècle de l’ère chrétienne, on fabriquait des vases, des verres à boire, on s’essayait même à la création de vitres.

 

 

 

glace

 

 

O mon beau miroir.

 

Il ne faudra guère de temps pour que nos anciens maîtrisent les techniques du verre, en s’attachant notamment à reproduire l’effet miroir du métal par l’application d’une feuille d’étain sur l’une des faces d’une glace, voire du vif-argent (le mercure). Des procédés qui ne cesseront de s’améliorer au fil des siècles jusqu’à l’étamage faisant miroir que l’on connaît encore aujourd’hui.

 

Un miroir qui tire son étymologie de mirer, via le latin médiéval mirari, un emprunt au latin miror qui signifie s’étonner, puis par extension, admirer. Et il est vrai qu’il y a parfois de quoi…

 

 

 

La Galerie des glaces.

 

Grands maîtres de l’art du verre, les Phéniciens se verront déposséder de leurs inventions par les Européens lors des Croisades, qui en diffusèrent les secrets de fabrication, notamment à Venise. Des Vénitiens à qui l’on attribue l’invention des miroirs en verre soufflé, conférant de fait à la Cité des Doges le monopole du commerce des miroirs dès le XVIe siècle.

 

En France, il faudra attendre Colbert, grand promoteur des fabriques d’Etat, pour qu’on échappe à ce monopole et que soient fabriquées les premières glaces dont Louis XIV fit un usage immodéré…

 

 

 

glace

 

 

 

 

Briser la glace.

 

A l’origine, une glace est une plaque de cristal dont on a poli les deux faces, avant qu’on n’y substitue le verre dès qu’on sut en maîtriser la technique de polissage. Même si, très rapidement, le vocable décrivit un miroir puisque celui-ci était fabriqué à partir d’une… glace ! Péremptoire, le dictionnaire de l’Académie française de 1694 affirme qu’une glace est une plaque de cristal dont on fait des miroirs, ce qui n’appelle guère de débat.

 

Un siècle plus tard, dans son encyclopédie, c’est Diderot qui le confirme : « On appelle glace un verre poli qui par le moyen du tain sert […] à réfléchir la lumière, à représenter fidèlement […] les objets… ». La confusion entre glace et miroir prenait alors sa source.

 

 

 

Une affaire de dimensions.

 

Jusqu’à une époque récente, le verre de grandes dimensions restait hors de portée du commun des mortels et on comprend aisément qu’on éprouva la nécessité de différencier le carreau ordinaire de la vitre imposante et somptuaire, a fortiori quand il s’agissait de cristal. Par ailleurs, le Guide du verrier (1868) précise qu’une glace est un grand plateau de verre dont les surfaces sont planes et parallèles, une vitre essentiellement réservée à la fabrication de miroirs.

 

Ce qui explique certainement que dès le début du XIXe siècle, on parlait de glaces quand il s’agissait de miroirs de grandes dimensions, les distinguant ainsi des miroirs à mains ou de fantaisie chers à ces dames.

 

 

 

Un miroir aux alouettes.

 

Où l’on déduira de ce qui précède que l’un et l’autre de ces deux vocables, glace et miroir, peut être indistinctement utilisé, bien que le miroir, comme nous l’avons vu, ait préexisté au verre. Personnellement, je fais mien ce distinguo qui veut qu’une glace soit une grande vitre, qu’elle soit miroir ou non. Mais vous n’êtes pas obligés d’adhérer.

 

 

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